Pendant une journée entière, Maze, 20 ans, jeune tatoueuse vaudouisante, a ouvert les portes du temple où elle travaille à Drancy. Au cœur d’un quartier pavillonnaire du 93, cette petite femme aux cheveux bouclés, le corps orné de tatouages, déborde d’énergie. Entre art, héritage et rituels, son quotidien offre un aperçu saisissant de son univers spirituel.
Les travaux matinaux commencent dès 8 heures. Le café de Maître Ogou Feray, Lwa¹ auquel le temple est directement affilié, est changé avec soin. « Chaque hougan² a un Lwa avec qui il entretient plus d’affinités, familialement ou personnellement », explique-t-elle. Viennent ensuite les bains spirituels, puis l’encensage de la chambre des Lwa.
À midi, une pause autour d’un repas permet d’évoquer son parcours. L’école ne l’a jamais vraiment attirée. « Quand t’as tes problèmes en tête, c’est dur d’écouter un prof. Je me suis vite lassée », confie-t-elle. C’est en discutant avec son propre tatoueur, en posant des questions, qu’elle comprend que cette voie est la sienne. « Mon père m’a dit : passe ton bac, et une fois que tu l’as, je te finance ta formation. »
De retour au temple, la cliente du jour arrive. Elle souhaite un tatouage en l’honneur de Maîtresse Erzuli Freda, Lwa de l’amour romantique et du raffinement. Avant toute intervention, un protocole spirituel s’impose : une image du Lwa est remise à la cliente afin qu’elle y inscrive ses vœux, accompagnée d’une bougie rose, couleur d’Erzuli Freda.
Après un long échange, tout le monde descend au péristyle³ où le Vévé⁴ est tracé. Le hougan Théo Alexis, père mystique de Maze, attend pour débuter la cérémonie, menée intégralement en créole haïtien.
Les chants s’ouvrent par l’invocation de Papa Legba, celui qui ouvre toutes les portes, toutes les barrières et tous les chemins. Puis vient Maîtresse Erzuli Freda. Les mains de chacun sont parfumées de sa senteur favorite ; du lait est versé, et la cliente en boit une gorgée. À la fin de la présentation, elle reste seule face à la maîtresse, prête à confier ses difficultés et les changements souhaités dans sa vie.Pendant le tatouage, l’occasion se présente d’interroger Maze sur la diabolisation du vaudou. « Tout ce qu’on ne connaît pas fait peur. Et la propagande du cinéma, des esclavagistes et de la société occidentale n’a rien arrangé », dit-elle. Le sujet du sang, souvent utilisé pour discréditer la pratique, est évoqué. Elle répond sans hésiter :
« Dans ce cas, pourquoi ne dit-on pas la même chose de l’islam pour l’Aïd, quand un mouton est sacrifié ? Il ne faut pas s’arrêter aux préjugés. Nos pratiques ne sont pas moins légitimes que celles des autres. »

À la tombée du soir, Maze nettoie le péristyle et la chambre des Lwa. Avant de raccompagner vers la sortie, elle attire l’attention sur un petit autel jaune et violet, installé discrètement près du portail d’entrée : celui de Papa Legba, gardien des passages. Impossible d’imaginer conclusion plus symbolique à ces vingt-quatre heures dans son univers

- Lwa : esprits du panthéon vaudou.
- Hougan : prêtre vaudou chargé des rituels, du savoir et de la relation avec les Lwa.
- Péristyle : espace rituel central d’un temple vaudou, où se déroulent cérémonies, chants et danses.
- Vévé : symbole sacré tracé au sol pour appeler un Lwa et lui ouvrir un passage pendant les rituels.
Haïlé

24 heures avec Maze tatoueuse vaudouisante
