Le syncrétisme : quand la colonisation réinvente les croyances

Si la colonisation a asservi les corps et l’esclavage dispersé les peuples, leurs croyances, elles, ont survécu autrement : en se transformant.Dans le cadre des rencontre forcée entre traditions africaines et des religions Abrahamique Plutôt qu’une disparition pure et simple des croyances africaines (quelle espérait) , la domination coloniale a provoqué un métissage religieux, où anciens et nouveaux dieux cohabitent, se répondent, et parfois se confondent.) C’est ce que nous explique Jean-Louis Fernandez, doctorant en anthropologie du religieux, pour qui le syncrétisme constitue « la mémoire vivante des résistances spirituelles ».

Le syncrétisme comme produit de la rencontre

« Oui, absolument. D’un point de vue anthropologique, la simple rencontre entre des peuples peut créer du syncrétisme », explique Jean-Louis Fernandez. «L’exemple parfait, c’est Baal et Amon : deux divinités liées à deux peuples entièrement différents qui, à force de se rencontrer, se sont unies en une seule. » À travers cette image, Fernandez rappelle que le syncrétisme n’est pas une anomalie mais un processus naturel. Chaque contact entre civilisations engendre des échanges spirituels , mais dans le contexte colonial, ce processus a été marqué par la contrainte, la hiérarchie et la violence symbolique. La colonisation ne s’est pas contentée d’imposer ses dogmes : elle a tenté d’effacer les cosmologies africaines, jugées « païennes ». Pourtant, au lieu de disparaître, ces croyances se sont infiltrées dans les structures importées, une résistance donnant naissance à de nouvelles formes religieuses dites «hybrides ». Le kimbanguisme, fondé au début du XX] siècle par Simon Kimbangu en République démocratique du Congo, en est un exemple majeur. Mouvement à la fois chrétien et profondément africain, il fusionne les enseignements bibliques avec la vénération des ancêtres et les pratiques de guérison traditionnelles. « Les kimbanguistes, comme d’autres églises africaines indépendantes, incarnent cette réappropriation du sacré », poursuit Fernandez. « Le syncrétisme devient alors une manière de reprendre le contrôle sur la spiritualité imposée. »

Le syncrétisme comme résistance

Derrière cette fusion des croyances se cache un geste politique. Les peuples colonisés ont fait du religieux un espace de résistance silencieuse : ils ont conservé leurs symboles, leurs rituels, leurs langues spirituelles, parfois dissimulées derrière les icônes chrétiennes. Des cultes afro-descendants comme le vaudou haïtien, la santería cubaine ou le candomblé brésilien témoignent de cette créativité spirituelle née de l’oppression. « Là où le colon imposait une vérité unique, l’Africain recréait du sens », résume Fernandez. « Le syncrétisme n’est pas une simple adaptation : c’est un acte de survie et d’affirmation identitaire. » Aujourd’hui encore, le syncrétisme façonne les pratiques religieuses en Afrique et dans sa diaspora. Il rappelle que, malgré la violence de la colonisation et de l’esclavage, les peuples concernés n’ont jamais cessé de réinventer leur rapport au sacré. Entre continuité et transformation, ce mélange spirituel est devenu un langage de liberté, où chaque prière porte en elle les traces d’une double mémoire : celle du monde d’avant et celle qu’il a fallu reconstruire.

Sources

Kamademia – Le syncrétisme, une clé de compréhension du religieux en Afrique Études sur le kimbanguisme et les églises africaines indépendantes, Université de Kinshasa, 2019. Par Haïlé – Entretien avec Jean-Louis Fernandez, doctorant en anthropologie du religieux à l’Université de Rabat

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