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LE PEUPLE DIOLA

Selon les sources, on observe plusieurs transcriptions et dénominations : Diolas, Dyola, Jóola, Kujamatak, Yola. Le terme « Diola » est un exonyme attribué aux autres peuples commerçant (notamment les Mandingues) par les colonisateurs anglais, français et portugais. Les endonymes par lesquels ils se désignent eux-mêmes sont Ajamat, Ajamaat, Adjamat ou Adjamaat dérivant du mot ajamaat qui signifie “humain”. Les diolas sont sont une ethnie d’afrique de l’ouest dont le territoire s’étend sur la Gambie, le sud du Sénégal (en Casamance) et la Guinée-Bissau. Ils sont constitués de plusieurs sous-groupes, leur identité se caractérise par l’usage de la langue Diola. Les Diolas sont principalement riziculteurs et récoltants depuis des siècles (ils étaient propriétaires de la culture du riz de Casamance avant même notre ère) et récolteurs de vin de palme (Bunuck). Ils cultivent et récoltent également du manioc, des haricots, des arachides, ls récoltent le miel, etc. En outre, il ya la chasse, l’élevage, la pêche et d’autres activités agricoles (mangue, orange, mandarine, ananas, papaye, goyave, pamplemousse, etc.) ainsi que les légumes sont également présents dans les milieux diolas. L’autosuffisance alimentaire est un aspect très important en milieu Diola et elle a pu être atteinte durant les anciennes époques. Les traditions orales sénégambiennes attestent que les peuples de Sénégambie dont les ancêtres des Diolas, apparentés aux Sérères et aux Peuls, sont originaires de la vallée du Nil. Les diolas, à l’époque de l’Empire du Mali vivaient beaucoup plus à l’Est, vers le Mali. À la suite de l’avancée des Malinkés (ou Mandingues) conquérants, les diolas migrèrent vers l’ouest, et s’installèrent en Casamance, Gambie et Guinée-Bissau où ils cohabitent avec d’autres ethnies comme les Balantes, les Manjaques, les Mancagnes, les Peuls ou les Sossés. Les Diolas fuyant l’esclavage fondèrent plusieurs villages indépendants en Casamance, en Gambie et en Guinée-Bissau.

Les diolas comptent plusieurs sous-groupes qui sont : Ajamat, Kassa, Fogni, Bluff ou Blouff. Les diolas de Fogni et de Bluff et les Mandingues, s’influencèrent mutuellement et partagèrent divers éléments culturels. Par exemple, les rois malinkés du Kaabu avaient souvent des origines diolas par ligne matrilinéaire. Cette cohabitation entre Diolas-Fognis et Malinkés, explique, par exemple, des patronymes qu’ils ont en commun comme les noms Mané, Sané, Sonko ou Sagna. De plus, les Joolas de Fogni et ceux de Bluffs (département de Bignone,par exemple) ont adopté deux rites mandingues qui sont : l’excision et la danse du Kankuran, qui n’existaient pas dans la culture initiale des Diolas. L’histoire comparée des Diolas en Gambie, en Casamance et en Guinée-Bissau reflète des différences de comportements significatives. En Gambie, l’Angleterre a pu éviter par le respect des traditions et des coutumes, les conflits vécus par les Portugais et surtout par les Français en Casamance. Les contacts des Portugais avec la Guinée-Bissau et la Casamance ont débouché sur de nombreux conflits et une guerre de libération dont l’aboutissement a été l’indépendance de la Guinée-Bissau. Les Diolas, les Manjaks, les Mankagnes, les Balantes et les Cap-Verdiens n’ont jamais cessé de servir de trait d’union entre la Gambie, la Casamance et les îles du Cap-Vert. Le créole portugais est la passerelle culturelle entre ces groupes. En Guinée-Bissau, les Diolas, les Manjaks, les Balantes et les Pepels constituent les groupes les plus typiques. La Casamance apparaît comme un trait d’union entre la Gambie et la Guinée-Bissau, où les Diolas, les Mandingues, les Manjaks, les Mankagnes et les Balantes jouent un rôle prédominant. Ce lien est apparu de façon évidente dans les luttes pour l’indépendance de la Guinée et des Îles du Cap-Vert et par les changements de régime en Gambie qui ont secoué la Casamance. Chaque conflit a provoqué des mouvements de réfugiés au-delà des frontières politiques à l’intérieur de cette entité culturelle. Si la Gambie est à dominante musulmane, la Casamance est en grande majorité musulmane et de religions traditionnelle et chrétienne. Certains villages, sont entièrement catholiques tout en gardant également des habitudes de la religion initiale (traditionnelle Diola).

La lutte traditionnelle Diola est une lutte sans frappe. Les lutteurs combattent entre les villages par tranches d’âge. Elle est encore pratiquée par les garçons entre 7 et 30 ans dans certains villages de la Casamance : du département d’oussouye. Les combats ont lieu avant ou à la fin de la saison de la culture du riz et durant la saison sèche: entre janvier et juin ou entre septembre et décembre. Les diolas sont connus pour leurs masques reprenant l’image du bœuf (“Ejumba” ou “Ejumbi”Le plus ancien connu date de 1750, acquis par un négrier en Casamance. « Il semble que mis à part des masques en terre cuite ou en métal, celui-ci constitue le plus ancien masque africain attesté dans les collections connues dans le monde. » il est utilisé lors des cérémonies de circoncision. Cette cérémonie permet non seulement l’initiation et la circoncision des jeunes hommes, mais de resserrer les liens familiaux entre chaque famille et affiliation car elle est rempli de science et comprise lorsque l’on est initié. Cette pratique de la circoncision assez particulière en pays Diolas avec des rites initiatiques qui poussent les chercheurs à se poser des questions sur l’origine de ces pratiques. Le Diola croit à l’existence d’un seul Dieu qui est Atemit ou Ata Emit.

Masque ejumba, en cornes de bovidé, enduit végétal, fibres de rônier, graine d’abrus precatorius. Actuellement au Musée de Toulouse.

Instrument de musique chez les diolas

Le Bombolong, tambour à fente, est notamment utilisé par les Diolas, de même que l’ekonting, instrument à corde.

Le Bombolong

Cérémonie diola jouant du bombolong

Chez les diolas, la réligion est typiquement africaine. Les Diolas croient en un seul Dieu créateur nommé : Atemit, puissance invisible à l’origine de toute chose, il est l’esprit et l’ordre d’essence cosmique : Atemit sembe (Dieu est force et puissance). Le nom de leur Divinité “Atemit = Atem ” remonte à leur présence dans l’ancienne Egypte. Comme dans toutes les religions africaines, les ancêtres de la communauté servent d’intermédiaires entre Dieu et les hommes, entre le monde visible et le monde invisible, Dieu étant considéré comme trop élevé pour lui adresser des prières directes. Pour le Diola, les esprits jouent également un rôle dans l’ordre de la nature et leur relation avec Dieu. Chaque élément de la création ayant une essence divine, protégé par des esprits (Boechin), pour le Diola, le respect de la nature et de la vie est primordial. Le Diola est remarquablement respectueux des principes inscrits dans sa vie religieuse, dans sa conduite, dans son histoire, dans la nature et dans son travail. La tradition régit toute la vie du Diola. Les cérémonies religieuses sont nombreuses et elles sont accompagnées de prières, de sacrifices ou d’offrandes, pour évoquer les ancêtres, permettant d’atteindre Atemit (ou Dieu) et les bienfaisances de sa création.

Les cérémonies de l’initiation, liées aux diverses étapes de la vie, qui ont pour but de faire découvrir à l’homme ou à la femme Diola, les enseignements ésotériques. Les femmes et les hommes sont initiés séparément, ils ont leur propre “Bois sacré” (lieu de l’initiation), ainsi les grands initiés peuvent devenir grand sage. Il y a également la cérémonie de la circoncision pour les garçons. Les conflits entre les Diolas et les pouvoirs administratifs du Sénégal depuis l’indépendance sont l’expression d’une volonté de conserver la tradition, la liberté culturelle et l’identité ou le développement économique, social et culture. Cependant, bon nombre de Diolas se sont convertis au christianisme, une religion introduite et propagée par les colons européens. La religion traditionnelle (d’origine Ajamat ou Joola) est de moins en moins pratiquée, ou elle subsiste sous forme de syncrétisme surtout avec le christianisme. De nombreux diolas, se sont également convertis à l’islam. Il reste un faible pourcentage de diolas qui pratiquent uniquement la religion traditionnelle Ajamat. Les tenants de la religion traditionnelle Ajamat luttent pour préserver leur religion monothéiste.

LECTURE RECOMMANDÉE

Joseph Sambou, La notion de Boekin dans le conte diola, Dakar, Université de Dakar, 1984, 154 p. (Mémoire de Maîtrise).

Francis G. Snyder, L’évolution du droit foncier Diola de basse-Casamance (république du Sénégal) : étude d’anthropologie juridique des rapports entre les hommes et les terres chez les Diola-Bandial, Paris, Université de Paris I, 1973, 550 p. (Thèse de 3e cycle).

Louis-Vincent Thomas, Les Diola. Essai d’analyse fonctionnelle sur une population de basse-Casamance, Dakar, IFAN, Université de Dakar, 1958, 821 p. (Thèse d’État publiée)

Louis-Vincent Thomas, Et le lièvre vint : Récits populaires diola, Nea, 1982, 266 p.

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