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Les Sabéens et l’Éthiopie pré-axoumite: Analyse de l’impact de ces cultures sur la région

Les Sabéens et l’Éthiopie pré-axoumite : Paganisme, Panthéon et Influence sur l’Islam et l’Arabie pré-islamique

L’Éthiopie pré-axoumite était une terre de diversité religieuse et culturelle, où les Sabéens et d’autres peuples pré-axoumites pratiquaient des formes de paganisme et vénéraient un panthéon de divinités. Cet article explore les croyances religieuses de ces peuples, notamment leur culte du dieu lunaire Lmqh ou Al-Maqah, le site archéologique de Yeha, leurs symboles tels que le croissant de lune et l’étoile, ainsi que l’influence des Sabéens sur l’Islam et l’Arabie pré-islamique. Nous mettrons également en lumière la conversion ultérieure au christianisme axoumite et les syncrétismes de l’Église axoumite.

Les croyances des Sabéens et des Éthiopiens pré-axoumites :

Ces peuples pratiquaient des formes de paganisme et adoraient un panthéon de divinités. Parmi ces divinités, le dieu lunaire Lmqh ou Al-Maqah occupait une place centrale dans leur culte. Le culte du dieu lunaire était associé à la fertilité, à la prospérité et à la protection. Les trois astres à qui était voué un culte était le Soleil, La Lune et Vénus (à Babylon on retrouve la même trinité stellaire en Sin (la Lune), Shamash ( Le Soleil) et Ishtar). Il est intéréssant de noter que Vénus était considéré comme l’étoile ou l’objet le plus brillant dans le ciel et à ce titre reçu des surnoms tels que “l’étoile du berger” ou encore “l’étoile du matin” dans l’antiquité.

Les sabéens faisaient le Hajj et la Umra à la Ka’ba, faisaient le Tawaf, l’aller retour entre safa et marwa, accordaient une grande valeure symbolique à la pierre et aux pierres noires en général, pratiquaient la circoncision, faisaient des ablutions et avaient certaines punitions similaires à celles que l’on peut retrouver un peu plus tard en Arabie. Ils priaient 7 fois par jours en suivant le cycle du soleil dans le ciel, croyaient en la vie après la mort, pratiquaient un jeûn de 30 jours ( un mois lunaire) avec à peu près les mêmes règles de rupture et de début de jeûn, ils considéraient la viande de porc comme étant interdite.

Le site de Yeha et son importance religieuse :

Le site archéologique de Yeha, situé dans le nord de l’Éthiopie, abrite les ruines d’un ancien temple qui remonte à l’époque pré-axoumite. Ce temple était dédié aux divinités païennes et était considéré comme un centre religieux majeur. Il servait de lieu de culte et de rassemblement pour les Sabéens et autres peuples pré-axoumites, où ils vénéraient leurs divinités et offraient des sacrifices.

Symboles du paganisme éthiopien :

Les Sabéens et les Éthiopiens pré-axoumites utilisaient différents symboles dans leur pratique religieuse. Le croissant de lune et l’étoile étaient des symboles importants, représentant le culte du dieu lunaire et étant associés à la fertilité, à la protection et à la divination. Ces symboles étaient fréquemment utilisés dans l’art, l’architecture et les objets religieux de l’époque.

L’influence des Sabéens sur l’Islam et l’Arabie pré-islamique :

L’Éthiopie pré-axoumite entretenait des contacts commerciaux et culturels étroits avec la péninsule arabique, ce qui a contribué à l’influence des Sabéens sur l’Arabie pré-islamique. Les Sabéens ont exercé une influence significative sur l’Islam et l’Arabie pré-islamique. Leur religion et leurs pratiques ont laissé une empreinte durable sur les croyances et les coutumes de la région.

L’une des influences les plus notables est le culte du dieu lunaire Lmqh ou Al-Maqah. Le culte de la lune était répandu parmi les peuples de la péninsule arabique pré-islamique, y compris les tribus arabes qui vivaient en Arabie du Sud, où les Sabéens étaient présents. Certains chercheurs suggèrent que ce culte lunaire a joué un rôle dans le développement de la vénération de la lune dans l’Islam, avec l’inclusion du croissant de lune dans le symbolisme musulman. L’autre influence claire est l’histoire de la reine de Saba. En effet le Coran mentionne par exemple la reine de Saba comme étant une paienne qui prie le Soleil (Qui priait donc 7 fois par jours en suivant le cycle du Soleil en conformité avec les croyances sabéennes, raison probable pour laquelle ce rapprochement est effectué) et qui découvre Dieu et le monothéisme en rencontrant le roi Salomon.

De plus, les Sabéens étaient connus pour leurs compétences dans la métallurgie et l’artisanat. Ils étaient réputés pour leurs objets en or, en argent et en bronze, qui étaient utilisés dans leurs rituels religieux. Ces compétences artisanales ont influencé les pratiques artistiques et artisanales de l’Arabie pré-islamique, y compris les motifs et les motifs décoratifs utilisés dans les objets religieux et les œuvres d’art. Le passage du paganisme au christianisme :

Contrairement à une idée répandu du fait de l’existence des Falachas mais aussi des théories dites des “hébreux noirs”, il n’y a pas de réelles raisons de penser que les éthiopiens étaient juifs avant de devenir chrétiens (Les données archéologiques, bibliques et historiques, mis à part les récits du Kebra Nagast et de la liste des rois éthiopiens, ne confirment pas ce narratif) . L’arrivée du christianisme en Éthiopie a entraîné des changements majeurs dans les pratiques religieuses de la région. L’Église axoumite, fondée au 4e siècle, a joué un rôle crucial dans la diffusion du christianisme parmi les Sabéens et d’autres peuples pré-axoumites. Le christianisme éthiopien a intégré certains éléments du paganisme antérieur, tels que la vénération des ancêtres et des esprits de la nature, dans ses croyances et ses pratiques. Ce syncrétisme a permis une transition en douceur du paganisme au christianisme, en préservant certains aspects culturels et religieux préexistants.

Le christianisme éthiopien et son impact sur l’Islam et l’Arabie pré-islamique :

Le christianisme éthiopien a également exercé une influence sur l’Islam et l’Arabie pré-islamique, principalement à travers les contacts commerciaux et culturels entre l’Éthiopie et la péninsule arabique. L’Église axoumite a influencé la conception de l’islam dans la région, en particulier en ce qui concerne la vénération des saints et des reliques, ainsi que l’utilisation de symboles et de rituels spécifiques. Certains chercheurs suggèrent que certaines pratiques et croyances de l’islam, telles que le culte des saints et la vénération des lieux saints, pourraient avoir été influencées par les traditions chrétiennes éthiopiennes.

Le deuxième prophète de l’islam se nomme Idris et cela fait référence à deux pistes potentielles: la première est celle de Enoch, personnage extrêmement important pour l’église chrétienne éthiopienne. La seconde est celle de Thot en sa qualité de Hermès Trismégiste. En effet en tant que Hermès-Idris il était vénéré par les sabéens de Harran et ces derniers l’ont présenté comme un prophète aux moments de l’avènnement de l’Islam Selon le sources musulmanes, la première nounou du prophète était Abyssinienne, Umm Aiman. Aussi le prohète de l’Islam parlait arabe et abyssin, du moins il est dit être particulièrement doué dans la maitrise de la langue éthiopienne Selon Al-Jalalayn, deux frères abyssins, Jabr et Yasar, lisaient la Bible tout les jours au prophète de l’Islam. Nous retrouvons des citations issu de la Bible éthiopienne dans le Coran ainsi que des mots éthiopiens ( à peu près 200) que l’on retrouve dans le Coran et par extension par la suite, dans la langue arabe.

Conclusion :

Les Sabéens et l’Éthiopie pré-axoumite ont joué un rôle essentiel dans l’histoire religieuse de la région, passant du paganisme au christianisme et influençant ultérieurement l’Islam et l’Arabie pré-islamique. Les Sabéens, avec leur culte du dieu lunaire Al-Maqah, leurs temples dédiés aux divinités et leurs symboles tels que le croissant de lune et l’étoile, ont laissé une empreinte significative sur les croyances et les pratiques religieuses de la région.

Le passage du paganisme au christianisme a été facilité par l’émergence de l’Église axoumite, qui a intégré certains éléments du paganisme antérieur dans ses croyances et ses pratiques. Le syncrétisme entre le christianisme éthiopien et les traditions pré-axoumites a permis une transition en douceur, préservant ainsi certains aspects culturels et religieux préexistants.

L’impact des Sabéens et de l’Éthiopie pré-axoumite s’est étendu jusqu’à l’Islam et l’Arabie pré-islamique. Les influences religieuses et culturelles se sont propagées à travers les échanges commerciaux et culturels entre l’Éthiopie et la péninsule arabique. L’Église axoumite et le paganisme sabéens ont eu un impact considérable dans la conception de l’islam dans la région, notamment en ce qui concerne l’utilisation de symboles et de rituels spécifiques.

En étudiant l’histoire et l’importance des Sabéens et de l’Éthiopie pré-axoumite, nous pouvons mieux comprendre les fondements religieux et culturels de la région, ainsi que l’influence de ces traditions sur le christianisme et l’islam. Ces connaissances nous permettent d’apprécier la richesse et la diversité de l’histoire africaine, ainsi que les liens entre les différentes traditions religieuses qui ont façonné la région au fil des siècles.

Sources:

Diop, Cheikh Anta. ” Nations Nègres et culture” Présence africaine.

Munro-Hay, Stuart C. “Aksum : Une civilisation africaine de l’Antiquité tardive”. Traduction française, L’Harmattan, 2009.

Desplat, Patrick. “Les Églises chrétiennes d’Orient et d’Afrique : Deux mille ans d’histoire”. Bayard, 2013.

Trimingham, J. Spencer. “L’islam en Éthiopie”. Traduction française, Maisonneuve & Larose, 2004.

Articles académiques :

Robin, Christian Julien. “La christianisation de l’Éthiopie axoumite : Un aperçu”. Journal des Études éthiopiennes, Vol. 49, No. 2, 2016.

Finneran, Niall. “Les Sabéens et l’Éthiopie pré-axoumite : Une enquête sur les origines de la christianisation de l’Éthiopie”. Revue d’Histoire africaine, Vol. 7, No. 2, 1963.

Bader, Thomas F. “Le christianisme dans l’ancien Yémen : Les inscriptions sabéennes”. Aramco World, Vol. 51, No. 1, 2000. Autres sources: Chaîne Youtube pour approfondir les recherches sur la question: Lloyd De Jongh

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